Dernière semaine. C'est un peu la récompense après sept semaines d'évaluations et d'apprentissages tous azimuts. Le programme est de faire de la montagne, juste pour soi, pour se perfectionner. Dame nature préfère nous rappeler que les récompenses se méritent: elle nous colle donc une météo pourrie de chez pourrie (vous en avez peut-être entendu parler, vous aussi...).
Le vendredi : on fait quoi la semaine prochaine ?
Moi: j'irai bien à la traversée Rochefort-Jorasses.
Le GI (pour gentil instructeur, mais mettez GM=gentil moniteur, GO, ou GG= gentil guide si ça vous chante) : euh la semaine prochaine, la météo est vraiment pas de la partie, on se rappelle dimanche pour faire le point.
Le dimanche ne donne rien, toujours pas d'amélioration en vue, c'est même annoncé encore pire.
Lundi
GI: OK, on va aller faire de l'artif' au Peney.
Moi: Cool, j'ai tout à apprendre là-dessus :)
On passe la journée à étudier la théorie de progression, préparer le matériel, faire les courses (de bouffe) : on va bivouaquer 2 soirs là-bas. Le plan est de gravir la voie Fanino (Peter Pan pour l'autre cordée de 2 stagiaires + 1 GI, qui est avec nous). La cote annoncée est A2+, 180 m (je vous renvoie à la page C2C pour l'explication). On doit faire une longueur d'école le mardi puis équiper la première longueur de la voie. Mercredi, on devrait remonter L1 puis équiper L2, L3, atteindre la vire, hisser les sacs pour dormir là-haut et équiper L4 avant de se coucher. Jeudi, remonter L4 puis équiper L5, L6 et grimper L7 en libre (4+).
Je rentre chez moi le soir histoire de préparer un maxi taboulé qui tienne au ventre (recette ici).
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| Nouvelle méthode de remontée sur corde : on ne doute pas qu'elle devienne à l'ascension du second ce que le crochet Julio est au rappel :-p |
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| Taboulé pour 3 jours |
Mardi
On s'arrête à l'escadron local pour faire les sacs. Ce qui ne sert pas avant le bivouac au fond. Les matelas mousse dans l'intérieur autour. L'utile pour la journée, au dessus.
On arrive à la falaise vers 12h00. Mangeage et longueur d'école. On attaque le vrai vers 15h00. Je grimpe. A mi-longueur, je pose un friend un peu ouvert, un peu de travers et... c'est le vol : trop de possibilité de bouger. A côté, mon camarade a la décence de m'imiter avec le style : il vole sur crochets à gouttes d'eau. Je boucle ma longueur. Il est pas loin de 18h00.
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| Dans L1 de Peter Pan |
| Camp de base au top |
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| Vraiment au top |
Mercredi
On remonte sur la corde fixe, même ça, c'est physique quand ça dure 40 mètres. J'attaque la deuxième longueur, perplexe. Seule une fine fissure où aucun de mes pitons semble complètement ad-hoc. Je finis par en choisir un. Je le tape, il chante toujours aussi faux, et j'ai pas ma guitare pour lui donner le La 440 Hz. Je le teste à coups de pieds dans l'étrier. Il tient. Je me vache dessus et quitte ainsi le relais.
- Mon GI : et sinon, tu clippes pas le relais pour faire un point de renvoi ?
- Moi : ah oui, zut, j'avais oublié merci. "clip", une dégaine, le tour est joué.
[une bonne vingtaine de secondes: pas moins !]
Tzing
- Tex-Avery (moi en l'occurrence) : ce bruit c'est ?
BANZAaaaï ! Le piton vient de sauter et je chute sur le relais. La journée commence bien avec un facteur 1,87 ! Mon GI doit remercier pour lui même sa présence d'esprit : une minute plus tôt, il aurait pris ma chute direct dans les hanches...
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| Dans L2 de Peter Pan |
| Ambiance Eigerwand avec un brouillard qui nous colle à la peau |
Nouvelle fissure : ouf ! Je vais pouvoir remettre des friends. Ah non, pas ouf. En fait, le caillou est plus que médiocre et je fais tomber des fours à micro-ondes de 60 m de haut. La longueur se termine par une longue traversée à gauche. Le libre me tente pour en finir plus vite. C'est sans compter sur mon moral décidément aux abonnés absents. Je m'incline et finis la besogne comme je l'ai commencé: avec lenteur.
À R1, mon GI patient oscille entre walkman, sieste et coup de froid mais il peut enfin partir pour me rejoindre, après plus de 3h30 d'attente ! Je suis sur un relais suspendu plein gaz sur 3 spits, j'ai à peine hissé le sac que le syndrome du harnais n'est déjà plus très loin. Ça promets à moins que... concertation.
La cordée d'à côté fait demi-tour, non moins échaudée par les difficultés que ce nouveau type d'escalade nous oppose. J'expose ma fatigue morale. C'est donc mon GI qui fera L3 pour rejoindre la vire. Je lui soutire donc sa sellette et profites enfin un peu du calme. Et puis, ça me donne aussi l'occasion de déséquiper une longueur pour affiner le schéma global de progression. Je le regarde grimper et prend ma leçon : vaché toujours directement dans le point avec son fifi au pontet, il enchaîne sa longueur en moins de 1h15. Je m'emmêle un peu les neurones au moment de lui envoyer les sacs pour le hissage... Ça fait encore plus peur que tout le reste. L'idée de tout laisser aller et que le seul contact qui reste est le relais du dessus avec la corde qui frotte forcément partout sur laquelle on va remonter. Je suis bien content qu'il s'agisse d'une 10,5 mm au lieu d'une joker (9 mm).
| La remontée sur corde : jumars et confiance de rigueur |
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| Dans L3 de Fanino : encore du gros dévers |
Arrivés à R3, il est quasi 18h. Autant dire que repartir dans L4 n'est pas gagné. En plus, la météo annonce finalement pourri pour le jeudi rendant la sortie par le haut quasi impossible. Les autres sont en bas, avec le feu et le bivouac protégé du vent et d'une humidité supplémentaire (on est abrité de la pluie mais seulement sans vent à la vire). On décide donc de boire une bière (on les a quand même montées !) puis de redescendre. La nuit là n'a pas de sens.
| La vire où on ne dormira pas |
| Rappel pendulaire de 90 m: le dévers avance de pas moins de 20 m entre le pied de la paroi et la vire |
Je repars dans L1 de Peter Pan où nos camarades ont oublié une dégaine. Je me sens mieux, moins flippé. Comme quoi on s'habitue à tout. Et puis, voir grimper mon instructeur m'a appris plein de choses sur l'efficacité. En outre, la longueur est un peu plus facile. Bref, ça sors en moins de 2 h sans plomb ni vol, je commencerais presque à goûter l'expérience...
| Même les couleuvres vipérines viennent se mettre au sec au bivouac |
Au moment où le retour s'annonce, ces 3 jours m'auront donc secoué, rappelé à une nécessaire et saine humilité... mais donné un goût de "reviens-y", histoire de finir le travail. Merci tous les 4 pour ces moments partagés et à bientôt j'espère pour de nouvelles aventures.
Quand à la pluie, elle nous accompagne encore sur la marche retour, preuve que notre choix d'activité était judicieux ;-) .
PS: Comme d'hab', d'autres photos ici.






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