samedi 29 septembre 2012

Comme une étoile filante

C'est une histoire de copains et une histoire de montagne. C'est bien plus que tout ça. C'est l'histoire d'une aventure. Et comme disait l'autre, l'Aventure, c'est l'aventure. Avec Laura, c'est déjà la quatrième fois que nous faisons cordée, toujours dans la bonne humeur.  Ce coup-ci, nous voilà partis pour une équipée à quatre avec deux très bons copains : Aurélien et Damien qui feront cordée ensemble. C'est un autre fil conducteur de mon été 2012 en montagne : plus on est de fous, et bien ma foi plus on est de fous :)).

L'objectif est une course "sérieuse": la traversée des aiguilles de Chamonix. Elle a tout pour faire rêver : une classique parmi les classiques, de l'engagement (IV), de l'escalade (TD- tout de même), une chevauchée de 2 jours avec un bivouac en altitude.

[Aparté, Pour info, matos conseillé :
rappel 2x60m
1 jeu de friends du 0.3 au 2 C4 avec petites tailles doublées
7 dégaines dont 2 longues.]

Dimanche 9 septembre, les sacs sont bouclés. On se retrouve à la première benne du lundi matin. Et on démarre par la traversée en direction de l'aiguille du plan. Une fois n'est pas coutume, je suis certainement "le mec en forme" du groupe. Deux fois n'est pas coutume, j'ai envie de savourer chaque moment passé là-haut et ne suis donc nullement pressé (à quoi ça sert sinon, de prendre deux jours ? :) ). Je laisse donc volontiers la recherche de l'itinéraire à mes trois acolytes. Le rognon du Plan : les rappels c'est bien, la désescalade, c'est mieux. Voici la première leçon de la course et l'on vient de l'apprendre à nos dépends. On a tiré trop longtemps sur le fil au lieu de prendre à droite en désescalade. Conséquence: 2 grands rappels, et le deuxième qui se coince... J'assume mon statut de "Joker" et remonte donc débloquer la corde. Une heure de perdue. C'est pas grave. On a le temps. Le plaisir est intact.

Arrivés au Plan, on fait un dernier check météo (merci le téléphone 3G) car on est au point de non-retour: soit on continue avec obligation de terminer la course, soit on fait demi-tour. Les orages sont toujours prévus pour la soirée du lendemain. On a donc largement le temps de finir. On continue ! On traverse un couloir puis démarre une escalade, soutenue-qui réveille alors que nous sommes en mode rando depuis le début. Je repropose à Laura une petite école de vol : la pédagogie est affaire de répétition. Pour l'encourager, je lui chante "I believe I can Fly" à la Kad Merad mais rien n'y fait, ce ne sera pas encore pour cette fois. Je me demande bien pourquoi... Au fait, où on en est du cheminement ?

Plus jamais à partir du Crocodile, nous ne serons capable de faire correspondre le descriptif des deux topos que nous avons emportés (Rébuffat et camptocamp) avec la réalité du terrain durant cette première journée. Nous sommes rentrés sans s'en rendre compte dans un no-man's land étrange. Ajoutez à cela les nuages qui bourgeonnent et soulignent les lignes de fuite des arêtes et des aiguilles, pour mieux les suspendre hors de l'espace des hommes, nous devenons désormais hors du temps... et hors temps ! Samerlipopette, on a encore coincé un rappel sous le Crocodile (à moins que ce ne soit sous le Caïman ??). Aurélien émet l'éventualité de couper la corde, juste à l'instar du bout que nous venons de trouver... Pas question !
Je me relance donc, assuré par Laura, dans un bout d'escalade mixte aux protections un peu aléatoires. Vous ai-je dit ce qui me passait par la tête dans ces moments-là : un mélange de plaisir de grimper, de culpabilité d'engager, de peur de tomber aussi, d'excitation d'impressionner enfin (l'éternel côté cowboy fringuant des bacs à sable du ptit mec qui donnerait tout pour un bon mot ou un beau mouvement qui en jette aux yeux de son assistance ^^)… C'est un peu confus et il faut rester concentré.
Je n'ai pas mis les crampons, il y a un peu de neige, un peu de glace, un peu de rocher branlant, ouf une bonne protection sur friend. J'ai eu la bonne idée de prendre ma pioche au baudard ainsi que de tirer le vieux bout de corde. Un vieux piton qui traîne. Je le retape vigoureusement et place un friend à côté puis fixe le bout de corde direct au piton. Cela permet ainsi un va-et-vient commode entre l'écaille où s'est coincée la corde et la terrasse où sont les copains. Je clippe ma corde dans le friend et me laisse descendre sur la corde fixe pour aller décoincer. Le friend se déclippe ! Je glisse sur deux mètres et me retiens avec les mains sur la corde fixe. Ni Laura (qui me voit tomber mais avec plus de mou dans sa corde !?) ni moi n'avons compris tout de suite ce qui se passait mais enfin, tout va bien. Je décoince la corde puis revient. Une heure de plus de perdue.

Continuons. Nous sommes de plus en plus suspendus au milieu des nuages. Le village dans les nuages et Casimir ne sont plus très loin. Manque tout de même la marmaille nue. Dans un écrin. On n'était pas sensés être dans le massif du Mont-Blanc ? Sûrement un autre coup de la ligue. La lumière diminue doucement. Nouveaux rappels. Ce coup-ci, nous en sommes aux prières et autres incantations vaudou pour ne pas coincer une nouvelle fois. Régulièrement, on essaie de deviner à travers les nuages et les lignes de crêtes la suite de la course, de comprendre où nous en sommes. Dernier rappel avant de rejoindre une vaste croupe où l'on aperçoit des emplacements de bivouac. La lumière devient assez faible, c'est ici que nous allons dormir. On voit l'aiguille du Fou un peu plus loin. L'un de nous est convaincu de ne pas avoir passé le Caïman. D'ailleurs, il doit s'escalader dans le topo et on n'est pas passé à proximité d'un sommet depuis le Plan. Mais tout de même le Fou semble proche. La conclusion du conciliabule à quatre est sans appel : nous sommes après le sommet du Caïman, au col du même nom.
C'est une demie bonne nouvelle : plus avancés que redouté mais moins qu'espéré. Au moins, le bivouac est d'un confort quatre étoiles, une par personne. On est large en intendance. Et le ciel voilé juste ce qu'il faut pour éviter de se cailler. Dans nos sacs de couchage, on se blottit les uns contre les autres. Je ne peux rêver meilleure nuit à la belle étoile. Manque plus qu'une étoile filante pour le côté onirique...

Une bonne nuit est toujours trop courte. Réveil. Le temps du petit déjeuner et des préparatifs sont plus longs qu'en refuge, normal. On se met en route vers 7h00. Et il nous faudra trois heures pour atteindre le pied du Fou. Les copains m'attendent et tournent leurs regards sur moi. Ce coup-ci, c'est mon tour. D'un coup, je me sens un peu le guide du groupe. Des paroles de Bunny me viennent en tête. Il va falloir faire mon maximum... pourvu que ça leur plaise ! On n'est toujours pas en avance. Les deux premières longueurs passent avec deux pas d'artif, pas le temps d'essayer en libre, le sac pèse ici vraiment son poids. Il s'agit d'être efficace. Le cheminement devient un peu moins clair. Non, tout va bien. On enchaîne vers le pied d'un mur fracturé où tout semble sableux. C'est ici que ça s'est éboulé récemment : 20 mètres de partis. Ça n'a pas l'air plus solide en dessous. J'essaie de me faire léger (sic !), protège à tout-va en me demandant si seulement un point tiendrait en cas de chute. J'ai du sable dans les yeux, la bouche, les oreilles, partout. C'est par où la plage ? J'arrive un peu entamé au relais. Heureusement, le plus dur est passé. Pas de cowboy ici, juste le sentiment d'être passé dans un endroit pas drôle... Ne penser qu'à la grimpe, rester concentré. Je fais venir Laura. Elle couine un peu mais ça passe. Cette longueur du Fou donne tout le sens de son nom. Le reste est avalé gentiment.
On contourne les ciseaux. C'est par où ? Encore des hésitations d'itinéraire. Rien dans le texte des topos. Si on n'avait prêté plus d'attention au tracé de Rébuffat, on n'aurait pas hésité une seconde. Toujours lire et se redonner une leçon d'humilité. En la matière, ce n'est en l'occurrence que l'apéro. On arrive en haut du Spencer. Il est déjà 17h ? Le temps a l'air de se maintenir. Mais on n'est vraiment pas en avance. On a toujours les deux heures de retard de la veille. Peut-être même une heure de plus avec la recherche d'itinéraire. 19h, toujours pas d'orage mais pour combien de temps encore. On est au glacier des Nantillons. Il a l'air d'être en neige. Il n'est pas très long. Il y a des traces. Ça va forcément le faire. On sera juste à Chamonix un peu tard genre vers minuit.

Ah ! En fait... il y a un passage en glace. Contournement. Plus de 30 minutes pour descendre de seulement 20 mètres. La lumière diminue, on sort les frontales...

On continue. Il pleut maintenant depuis un petit moment mais pas trop fort. Ça reste un crachin breton. On atteint le rognon des Nantillons. Il fait bien nuit noire à présent. On désescalade, la pluie s'intensifie. Quelques coups de tonnerre. Merde, ça commence à craindre franchement alors qu'il ne doit pas rester 300 m de dénivelée à descendre pour rejoindre un terrain "à vache". On arrive au niveau des rappels. La face nord des Grands Charmoz se met en colère. Ravinée par la pluie, elle libère des chutes de pierre régulières, fortes, dans un fracas sourd et inquiétant. Ce ne sont plus des petits cailloux qui partent là. Il y a des mètres-cube. Comment retraverser le glacier au pied des rappels ? Mes voyants d'alerte clignotent dans ma tête depuis un petit moment. Je demande à Aurélien : "tu veux pas qu'on appelle les copains là ? Ça semble vraiment pourri, ça fait une heure et demie qu'on est sous l'orage, c'est pas comme si on n'avait pas joué le jeu mais, les chutes de pierre, je les sens vraiment pas trop". Tout le monde acquiesce. Aurélien appelle. Pour ce soir, ça risque d'être dur. Faut essayer de continuer. Aurélien et Damien font le premier rappel. Laura n'est pas loin de craquer. Et merde, pas ça,  ce n'est pas le moment. Alors j'essaie simplement de la réconforter, de la faire rire. Je sais qu'on fond d'elle, il lui reste de la ressource. Ce premier rappel s'éternise.
Damien et Aurélien hurlent : "Rémi ! On remonte ! L'hélico va venir". Nom de Zeus Marty! On dirait bien que je suis victime d'une faille spatio-temporelle ! Après trois heures de dégradation continue de notre situation, voilà enfin une bonne nouvelle. Tout le monde remonte donc sur le petit promontoire, juste au dessus du premier relais de rappel. On love les cordes, fait un relais secondaire pour accueillir un secouriste, emballe tout ce qui peut l'être. Nouvelle communication avec le PGHM : "l'hélico ne peut pas venir, il va falloir vous débrouiller tout seuls, vous avez un créneau de 3 heures d'accalmie avant le déluge". On est tous les quatre sonnés... Rester concentrés. Le coup de fil avec le PG n'est pas fini que je commence à redéballer notre matériel de cordée. Toujours bouger et rester mobilisés. Il faut traverser le glacier coûte que coûte. D'ailleurs, les chutes de pierre ne se sont-elles pas un peu calmées depuis quelques minutes ? On est au bord du glacier en deux rappels.

Aurélien attaque la traversée dans le noir, vers l'inconnu. Vers la délivrance ? "Pierres !!!" Damien, Laura et moi restons interdits. Il est potentiellement dans l'axe et ça vient de nouveau de se décrocher sévère dans les Charmoz. On perçoit sa frontale revenir à vive allure malgré la glace vive : 15 minutes pour y aller, 2 pour revenir ! Aurélien aussi, a de la ressource. Plus question de traversée. Que faire ? On tergiverse un peu. Je démarre une lunule pour ne pas rester inactif mais je sens bien que les autres ne sont pas chaud dans le noir. OK: on ne peut plus rien faire. Il faut donc bivouaquer au bord du rognon. Et arrêter de rester dans l'axe des séracs supérieurs. On retourne à la mauvaise vire. Il nous reste 45 minutes avant le déluge. On éloigne et on emballe autant que possible la quincaillerie métallique. On sort les affaires de bivouac. La pluie est déjà bien présente. On a une vire de 2 à 2,5 mètres de longs sur 60 de large pour quatre, 2 grandes couvertures de survie. On va se serrer. Damien, héroïque alors que nous sommes tous déjà un peu recroquevillés et abrités, a juste le temps de nous faire une soupe chaude avant le déluge. La foudre s'abat maintenant sur les sommets alentours. J'ai passé à Laura mes gants secs imperméables et mon duvet. On se serre plus que jamais les contre les autres sous les couvertures de survie. On communique régulièrement avec le planton du PG. Les nouvelles ne sont pas bonnes : une quasi-certitude que l'hélico ne pourra pas voler, peu d'espoir d'une caravane terrestre, a fortiori rapidement. Une météo mauvaise jusqu'au lendemain (jeudi au moins donc) avec un isotherme 0°C annoncé en baisse continue sur la journée qui commence de mercredi. Il va falloir se bouger et trouver une solution. On est trempés jusqu'aux os, bien affaiblis, et ces perspectives ne peuvent nous laisser envisager la possibilité d'un bivouac supplémentaire sans sérieuses conséquences. Une mauvaise nuit est toujours trop longue...

Trouver une solution, oui ! Mais aussi préserver ses cartouches ! Il s'agirait d'éviter toute débauche d'énergie qui se révélerait être un échec. On a pas la force pour faire beaucoup de tentatives différentes. Nouveau coup de fil du PG. Aurélien nous annonce : "l'hélico est là dans 30 minutes. Si vous ne voulez pas abandonner vos affaires, il faut les préparer maintenant !" : on s'active ! Pourtant, pas question cette fois de céder à l'euphorie. Le ciel peut de nouveau se boucher et empêcher le vol. 25 minutes passent. Un claquement d'air... aussi imperceptible que la lumière... d'une étoile, d'une étoile filante. Je chante à Laura : "I believe I can fly". Elle sourit, rit même. L'hélico est là ! Il monte vers nous, hélico presto ;). Aurélien et moi nous dressons les bras en V (ndlr: le signe international de demande de secours). Ce coup-ci, plus de doute, la même émotion que deux ans auparavant m'envahit. Je contiens difficilement les larmes. Le secouriste est à nos côtés. Laura est treuillée la première : quel soulagement de la voir enfin sauvée ! Suivent Damien et Aurélien. L'hélico fait une rotation vers le plan pour aller déposer le petit monde avant de nous récupérer, le secouriste et moi. Les nuages se referment. Un moment de doute à nouveau mais tellement moins de pression. Au pire, nous ne sommes que deux à devoir redescendre dont un mec entraîné, réchauffé et en forme. Le bruit du rotor se fait de nouveau entendre. Je vois le phare de l'hélicoptère avant de le voir lui-même. Superbe maîtrise de l'équipage. Nouvelle sensation d'être littéralement arraché à un sombre destin, juste à temps, que cinq minutes plus tard, ce n'était plus possible. On ne peut que remercier chaleureusement un tel professionnalisme. Merci au pilote, au mécanicien, aux deux secouristes. Merci les amis, pour cette aventure qui se termine bien, et surtout sans bobo.


Quelques jours plus tard.
Je raconte notre histoire à ma grand-mère Mamita, 97 ans, sans omettre le moindre détail. Elle m'écoute, attentive, et finit par offrir la conclusion parfaite à ce récit en me citant Périclès : "dans les situations difficiles, la liberté, c'est toujours le courage".
Je te remercie.


mercredi 26 septembre 2012

Emincé de poulet et sa jardinière de légumineuses à la Flore indienne

Le gros problème en cuisine, c'est de se renouveler. En effet, on a beau avoir un "set" de recettes tout comme le musicien possède un set de morceaux qu'il joue en concert, comme un grimpeur qui grimperai toujours les mêmes itinéraires, comme un ... ok on a compris ça devient lourd là ! On finit invariablement par s'ennuyer quand on joue toujours les mêmes.

Depuis le printemps et mon déménagement, j'ai donc reçu pas mal d'amis et ai pris beaucoup de plaisir à me mettre en quatre pour essayer de leur cuisiner de bons petits plats. Ceux-ci ont presque toujours été appréciés. Presque ? Oui car ces amis sont presque tous des grimpeurs. Il en existe donc qui "résistent encore et toujours à l'envahisseur" (ici, l'envahisseur est représenté par la nourriture normale voire gastronome) et ne jurent que par des plats abscons, souvent peu goûtus, secs mais "tellement bons pour la santé". Je veux bien entendu parler des mangeurs de graines qui s'imposent une véritable dictature culinaire à côté de laquelle Pinochet est un bisounours en politique. Pas étonnant qu'il ait fait de la peine au Ché* ...
Bref, si ces quelques réfractaires m'opposaient des arguments constructifs et intéressants certes, comme l'emploi d'aliments qui m'étaient encore inconnus (ou presque ... encore !? ca devient un peu répétitif ici, gare ! La police des blogs n'est jamais loin) tels les légumineuses quinoa, boulgour et autre farine sèche exotique. Problème, mis à part un assaisonnement sel/huile de noix, on me suggérait bien souvent des plats sans saveur.
Revenons donc à nos moutons, pardon, poulets. Quand vint la fin de l'été [oh non, pas Laurent V, faites-le taire !], la situation se résumait donc ainsi : mon set de recettes était bon, mais je commençais à me lasser de cuisiner toujours la même chose. D'un autre côté, j'avais enfin appris l'existence de nouveaux aliments mais n'avais pas eu encore l'occasion d'apprendre une chouette manière de les cuisiner : en clair, un bon plat.

Et là intervint Flore, non, pas le café, la copine de Jef. Bah, oui il est pas tout seul, c'est comme ça. Invité à manger chez elle avec ce dernier, elle nous cuisina ces fameuses légumineuses avec maestria pour composer un plat : simple, saint, de bon goût, bref la bonne alchimie, y compris en rapport avec la saison automnale qui commence. Comble du bonheur papillaire - j'ai toujours considéré que l'assaisonnement était la base de la cuisine, pour que celle-ci ait une autre fonction que strictement alimentaire - Flore a mis dans son plat une épice que je n'avais encore jamais utilisé : la Cardamome ! Et ça, c'est de la balle, même si ça se présente en poudre... ok je sors et je vous laisse donc la recette de Flore :

PS : cette recette sera aussi ajoutée à mon carnet en ligne ;)



Emincé de poulet et sa jardinière de légumineuses à la Flore indienne

Pour 3-4 personnes.

Ingrédients
- 1 sachet de légumineuses "Mélange des andes Bio - Naturaline" de chez Super U qui contient :
quinoa, haricots noirs, haricots blancs, lentilles vertes, flageolets verts, haricots rouges, lentillons rosés, lentilles blondes. Ou alors composer son mélange soi-même. Pour la quantité, compter 100 g par pers environ
- 2 oignons
- un bouillon de légumes (bio, oui c'est compliqué un mangeur de graines, ça mange des graines bio... dans le fond, ils n'ont sûrement pas tord mais on préférerait parfois qu'ils militent pour la généralisation d'un procédé de production plutôt que pour la promotion d'un label ou d'une étiquette)
- 3 carottes
- 1 poireau
- 2 gousses d'ail
- 2 blancs de poulets
- 150 g de chorizo en fines tranches

Assaisonnement
- huile d'olive
- piment fort, paprika, ail, cumin, origan, girofle...
ou bien alors un mélange Chili tout prêt :-D . Quantité : 1 cuillère à café (cac)
- 1 cac de cumin moulu
- 1 demie cac de cardamome
- sel, poivre

Mode opératoire
- Faire tremper les légumineuses une nuit avant (quand on vous dit que ça ne rigole pas la cuisine avec les chaussés en Birkenchtock)
- Émincer les oignons. Les faire blondir dans de l'huile d'olive. Rajouter l'ail, haché au presse-ail
- Assaisonner (sauf sel et poivre) et cuire à feu doux pour ne pas cramer les oignons et dégager les arômes des épices.
- Délayer le bouillon dans une tasse d'eau chaude.
- Débiter les carottes et le poireau

- tout incorporer ensemble, y compris poulet (sans saisir au préalable pour que cela boive bien le bouillon), et chorizo, avec 2 litres d'eau.
- Cuisson à couvert feu moyen à vif pendant environ 1h30.




* source : les Fatals Picards qui en connaissent un rayon en matière d'histoire géopolitique mondiale.

mardi 25 septembre 2012

Salut Rémy

Printemps 2012, dans la benne de l'aiguille du midi...

- Salut, c'est bien toi Rémy Lécluse ?
- Et oui.
Rémy m'adresse un sourire avenant, toujours prêt à entamer une conversation impromptue, et sans jamais "jouer les stars" alors qu'il s'est fait un joli nom dans le milieu au travers de nombreuses ouvertures en ski de pente raide notamment.
- Je crois que tu m'avais noté au dernier probatoire en 2011 sur le terrain varié.
- Euh bah non, le probatoire, ça fait des années que je n'ai pas été jury... pourquoi, tu t'es fait saqué ?
- Euh bah oui, mais je t'en aurais pas voulu non plus même si ç'avait été toi, je veux dire.
Petit sourire gêné d'une conversation qui démarre sur une pente un peu savonneuse.

Mais Rémy détend rapidement l'atmosphère. On commence à parler de ses skis. Des protos, Dynastar forcément. Puis du ski en général, des conditions de neige, des modèles que j'ai essayé. Rémy recherche l'échange, le partage, toujours en quête de l'excellence dans son élément, donc d'apprendre des autres; toujours passionné par son élément donc de transmettre aux autres.


Ainsi, j'avais fait la rencontre de Rémy Lécluse. A mes yeux, il a incarné le ski de pente raide et m'en a appris quelques rudiments utiles (je remets quelques vidéos à la fin de ce post qui m'ont aidé).
Tu es maintenant porté disparu sur les pentes du Manaslu... On part toujours trop tôt. Tu as rallumé le pétillant de mes yeux du gamin skieur que j'étais, et espère être de nouveau en parti grâce à toi. Tu laisses une trace bien moins éphémère que celles que tu affectionnait tant, sur une belle neige.

Merci Rémy, adieu.


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- Explications sur le matériel en pente raide


- Rémy explique la technique de virage en pente raide, en haut de la face N de l'aiguille du midi :


- Descente de la Contamine-Négri, au triangle du Tacul, une course côté D à la montée :

samedi 22 septembre 2012

mercredi 5 septembre 2012

Coude-fou-dre

J'inaugure une nouvelle rubrique "L'art où se dit co". C'est nawak mais il paraît que je suis comme ça. Comme d'hab', le temps dira si je réutiliserai le tag, bref, s'il se révèle réellement justifié à l'usage. D'ailleurs il faudra que je réorganise tout ces tags aussi un jour. Comptez encore quelques dizaines de posts quelques années.

Bref, le sujet du jour. C'est une question de vocabulaire. La montagne est un sport (un sport !? Sacrilège, vous n'avez donc rien retenu du précédent billet !) technique comportant toute une gamme de mots compliqués raisonnant euh... comme une huitre pour les palourdes non-initiées.

- Alors Remzi, aujourd'hui nous allons découvrir un nouveau mot. Quel est ce mot ?
- Et bien Remic, c'est une expression : "coude-fou-dre". Note bien les traits d'union, l'orhtographe, c'est important.
J'arrête là le pastiche d'Eric et Ramzi, j'imagine que personne avait compris déjà là et que je vais donc m'enfoncer... "Allez Remzi, dis-nous le sens de cette expression"
TOC-TOC-BOUM : "POLICE DES BLOGS, STOP, ARRETEZ. Quand on dit quelque chose à ses lecteurs, on le fait ! Si on vous reprend à promettre des choses ainsi à vos lecteurs que vous ne tenez pas, vous serez condamné à écrire vos prochains posts en alexandrins. C'est clair ?".
"Ou... oui M. le policier. Pa.. pardon les lecteurs... euh... ils existent ? Aïe non pas la matraque, je me tais, enfin non je continue mais... aïe, j'arrête de digresser. Promis !".

Coude-fou-dre ⚡
Expr. fçse. [Expression française, mais dans un dico, y'a toujours des abréviations dont seuls les déjà lettrés - donc qui n'ont pas besoin de dico - connaissent le sens]
1. Se dit d'une manifestation de la foudre, lors d'un orage. La décharge électrique remontant bien souvent du sol vers le ciel produit à la fois une émission de lumière intense, un bruit résultant du claquement de l'air (le tonnerre) lorsque celui-ci se referme après avoir laissé passer le courant électrique, celui-là même propre à vous griller un rat (cf. ratatouille)

2. Sens figuré. Parce qu'il y a toujours un sens figuré en 2ème dans la langue française. Se dit de la décharge émotionnelle provoquée chez l'alpiniste masculin par la vue d'une congénère féminine, celui-ci étant encore peu habitué, il a toujours considéré que l'alpinisme demeurait une histoire d'Hômme. Oui, il n'est pas encore (assez) rentré dans l'histoire (celui-là aussi) et il n'a pas intégré que certaines femmes guides avaient quelques dizaines d'années de métiers derrière elles. Le cas échéant, cela peut aussi se manifester à l'endroit de la gardienne, lorsque celle-ci est l'unique représentante de sa caste, au milieu d'une bande de brutes (Question, aime-t-elle le chocolat ?). Fort heureusement, elle sera en général fort bien armée pour sa défense d'un solide rouleau à pâtisserie, telle Mathurine dans Léonard le Génie.

Finalement, je crois, à titre personnel, que le mieux, le jour où cela m'arriverait de nouveau, serait d'avoir un coup de foudre au Coup de Sabre. Comme ça, ça ferait "coucou", en diminutif... Merci, au revoir. A bientôt !

mardi 4 septembre 2012

La montagne est-elle un sport ?

Des années que je m'interroge sur ce sujet.
J'ai commencé la montagne sous l'influence de grimpeurs pyrénéens, avec une identité propre (et une éthique non moins). Parmi eux, les frères Ravier font figures d'icônes vivantes. Sur la quatrième de couverture du livre de Jean-François Labourie et Rainier Munsch qui leur est consacré, on perçoit tout l'esprit Ravier en une formule : "absence totale d'entraînement, mépris de l'équipement, refus des modes : le génie des frères Ravier réside dans une conception très personnelle de la montagne, basée avant tout sur l'amitié". Tout semblait m'indiquer que la montagne était autre chose qu'un "sport".

Puis j'ai grandi. Commencé à travailler. Chez Décathlon en particulier, où la montagne est, forcément, un sport. Une valeur marchande, comme un poids d’haltérophilie. Alors je l'ai vendue... et j'ai eu la sensation de me vendre parfois en même temps. Etait-ce vraiment une activité physique comme une autre ? Y'a-t-il une différence entre "sport" et "activité physique" ? Intimement, je percevais que cela n'avait quasiment rien à voir. Que le sport était associé à une notion de compétition, qui oppose les hommes les uns aux autres alors que la montagne les rassemble dans un moment de vérité : la cordée.

Alors plutôt que de faire une longue dissertation, je vous laisse écouter cette conférence de Paul Ariès qui m'a bien aidé à clarifier ces idées depuis quelques jours. C'est long (plus d'une heure) mais passionnant ! Cela va bien au-delà de la notion de sport, puisqu'il intègre sa vision à une vision politique globale de la société.




NB: il y a deux vidéos supplémentaires #2 et #3 accessibles depuis celle-ci contenant notamment les questions du public.

lundi 3 septembre 2012

Une énorme admiration

Vendredi, en fin de journée, je suis en route pour une petite soirée entre amis à Annecy. Sur la route, maintenant que j'ai un kit mains libres, je cherche à joindre mes amis rochois Thomas et Annelise. Thomas ne répond pas. Annelise décroche.
- Salut Annelise, comment ça va ?... la discussion classique : on prend des nouvelles les uns des autres.
- Mais au fait, Thomas va toujours courir la CCC* ?
- Oui il est parti ce matin à 10h même ! Il devrait arriver demain matin vers 6h.
Moi qui croyait que la course démarrait le soir...

La vache, je pensais déjà vaguement un peu à tous ces coureurs depuis la veille : la météo avait en effet décidé de tourner à l'hiver juste à ce moment-là et je me disais que ça ne devait pas être très drôle de courir sous le vent, la neige et/ou la pluie avec des températures ressenties plutôt en dessous de 0°C.
A présent je pense carrément à Thomas donc... qu'est-ce qu'il doit supporter par un temps pareil. C'est fou comme la connaissance d'une personne peut rapprocher d'un évènement.

Ma soirée se passe de manière bien agréable, un bon resto et un bar sympa-qui-pait-pas-de-mine-mais-qui-a-de-la-bonne-zic le tout bien entouré. Coup d'œil à mon téléphone (une maladie moderne) : minuit et demie. Oui mais je n'ai pas de montre et c'était pour voir l'heure (une autre maladie moderne). Un texto d'Annelise : "en fait il devrait arriver vers 2-3h, il est à Vallorcine".

Alleïn ! Ce coup-ci, j'ai plus de temps. A ce rythme je vais le rater à l'arrivée. Je prends congé de tout le monde et me voici sur la route de Cham' dès 0h50. Arrivé à deux heures moins dix, ça me laisse gentiment dix minutes de marge sur l'horaire le plus optimiste qu'Annelise m'a donné. En plus, elle m'a envoyé, aussi gentiment, son numéro de dossard.

Je traverse Chamonix à pied, sous la pluie et passe par la rue des moulins. Elle n'a pas changé depuis ma dernière visite : la même pluie, la même population. Moins de monde toute de même, c'était alors un sacré voyage ethnologique, la fête de la musique. Imaginez un peu. Une ruelle piétonne d'à peine 150 mètres au doigt mouillé. De part et d'autre, que des bars bondés remplis par tranches d'âge. Côté centre ville, Justin Bieber (ou juste une bibière, ça marche aussi) et sa cohorte de pré-ados, vers l'extérieur, les ex-pré-retraités qui veulent faire comme les jeunes, déjà nettement moins nombreux. Entre les deux, chaque décade à son rade. Dans tout les bistrots, la même musique techno, zéro live ! Peut-être les musiciens en ont-ils marre de dézinguer leurs instruments sous la flotte pour une bande de pochetrons.

Pour cette nuit d'ultra-trail donc, pas de musique techno mais les mêmes soulards sortant vidanger contre les murs des contre-ruelles (imaginez la taille...) leur trop-plein de bière : heureusement que la ligue 1 de foot ne joue pas à 3 h du mat' ! D'autres ressortent en zigzag : "si je la revoie cette p..." la bienséance m'interdit ici de poursuivre cette citation d'un jeune homme éructant d'un trop plein de poésie. En réalité, la vie nocturne usuelle d'une station touristique classique. Pourtant, à quelques dizaines de mètres. De curieuses bêtes s'agitent, loupiote sur la tête : elles courent ! Et, croyez-le ou non, elles ont un public. Nombreux. Qui se compte en centaines de personnes. Il est quand même plus de deux heures du matin !! Cette juxtaposition de deux mondes, à cet heure, par ce temps, est à peu près aussi improbable que de croiser Lady Gaga sur un chemin de randonnée en pleine journée. Il y a là un véritable oxymore social.

"Aussi more", ça sonne comme une devise pour la course (des courses ! Il y en 4 différentes au total...) où chacun cherche toujours plus loin ses limites intérieures plutôt que les limites de ses adversaires. Occis morts, c'est comme ça qu'ils arrivent aussi (quand ils arrivent !) pour la plupart. Hagards, boiteux, déambulant, n'ayant plus la force de réfléchir pour comprendre comment rentrer chez eux. Je m'approche d'une tente information "peut-on connaître la position d'un coureur " ? Pas de problème, on me donne son heure de départ de Vallorcine et son heure estimée d'arrivée. Finalement, j'ai de la marge. Je vais dormir une demie heure. C'est toujours ça de pris. Réveil-matin, 2h55. Ce coup-ci, je dois me poster sur le bord du parcours.

Thomas courant les dernières dizaines de mètres

 Faible lumière, fatigue, monde : je risque de ne pas le voir arriver. Je remonte donc la file du parcours jusque 500 m environ avant l'arrivée et m'abrite vaguement sous l'enseigne d'une agence immobilière : tarifs, les consulter, j'ai eu le temps de voir ! Je scrute les coureurs, essaie d'encourager ceux qui ont l'air le plus affaibli, mais quand même sans crier, y'en a qui dorment à cette heure ! D'abord le visage, s'il me semble familier, puis le dossard, s'il est encore lisible. Un peu plus de 3h30 :
- Salut Thomas dis-je avec le sourire de celui qui voit arriver son libérateur d'une morne pluie qui rappellerait une morne plaine (l'horreur absolue du montagnard que je suis)
- Ah... euh, salut ?! Mais qu'est-ce que tu fais là ?
J'ai tellement bien réussi mon effet de surprise que je l'ai carrément déconcentré. Le voilà arrêté sans plus courir à me serrer la pince. Il faut que je réagisse vite :
- non mais t'arrête pas !
Je commence alors à courir à ses côtés et lui raconter mes échanges avec "sa chérie". Dernière boucle. Je coupe pour pouvoir le prendre en photo avec mon téléphone. Il est arrivé. Je ne sais pas trop ce qu'il peut ressentir à ce moment-là. Mais je ressens une émotion extraordinaire, une admiration sans limite pour ce qu'il vient de réaliser. Bien que parfaitement inculte, je trouve aussi son temps fantastique : 17h40. Quand je pense qu'il s'est mis à courir seulement un an auparavant ... "On va boire un coup ?" me dit-il. Mais c'est qu'il a l'air encore frais en plus.

Thomas, juste après l'arrivée, "finisher", en français ça ferait finissant, c'est vrai que ça le fait moins !

On rentre dans le café qui borde l'arrivée. Ici, pas d'ambiance de soulards. Seuls des sportifs éreintés et leurs équipes de soutien. Je crois que j'ai trouvé mon rôle, même s'il est totalement improvisé. Je commande un chocolat et un café, croise une collègue du lycée mais préfère rester "auprès" de Thomas. Je le sens se relâcher, et pour dire les choses franchement, décliner également. Il trouve le chocolat trop sucré. Pas forcément étonnant. C'est dur de manger ou boire après un tel effort. Il commande une bière ! Je commence à m'interroger : soit mon pote est un surhomme, soit je vais avoir des surprises. Elles ne tardent pas. On s'en va. Tiens, je n'avais pas remarqué qu'il boitait en entrant dans le café. Les quelques centaines de mètres pour aller à la voiture sont durs. Une fois installé, il se propose de reprendre sa voiture et rentrer chez lui tout seul !
Ça sent la perte de lucidité. Comment l'amener à une décision raisonnable ? Je tente mon va-tout. "Oh, t'es bien dans ma voiture et j'ai râté le virage pour aller récupérer la tienne". Il ne s'oppose pas. Ouf !

Je le ramène donc à la maison pour le début de sa récup'. Bain chaud, draps et vêtements propres. Une base toute simple mais dont je devine les bienfaits : le lendemain, malgré une courte nuit, il est de nouveau capable de manger, et ce coup-ci de reprendre sa voiture pour rentrer chez lui. Fin de l'histoire. A l'attention de "Thotho", un seul mot : BRAVO !


Vue sur la pointe percée le lendemain : il n'a pas fait semblant de neiger dès la moyenne montagne !


* Courmayeur-Champex-Chamonix : cette course à pied longue distance (on parle de trail, voire d'ultratrail en l'occurrence) fait partie du pool de courses proposés dans le cadre de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc. La CCC se déroule dans 3 pays, fait 90 à 100 km en fonction des années, et 5500 à 6000 m de dénivelée positive.

dimanche 2 septembre 2012

La nonne et le mécréant

Voici une jolie histoire publiée dans le Blé (Bulletin de liaison et d'échanges) de mon ancienne paroisse protestante de Clamart-Issy-Meudon-la-Forêt :


LA NONNE ET LE MÉCRÉANT

  Voici deux lettres authentiques qui datent de 2004. La première a été adressée à la CGT par Sœur M.

Madame Monsieur, Religieuse cloîtrée au monastère de la Visitation de Nantes, je suis sortie, cependant, le 19 juin, pour un examen médical. Vous organisiez une manifestation. Je tiens à vous féliciter pour l'esprit bon enfant qui y régnait. D'autant qu'un jeune membre de votre syndicat m'y a fait participer ! En effet, à mon insu, il a collé par derrière, sur mon voile, l'autocollant CGT après m'avoir fait signe, par une légère tape dans le dos, pour m'indiquer le chemin. C'est donc en faisant de la publicité pour votre manifestation que j'ai effectué mon trajet. La plaisanterie ne me fut révélée qu'à mon retour au monastère. En communauté, le soir, nous avons ri de bon cœur pour cette anecdote inédite dans les annales de la Visitation de Nantes. Je me suis permis de retraduire les initiales de votre syndicat (CGT=Christ, Gloire à Toi). Que voulez- vous, on ne se refait pas. Merci encore pour la joie partagée. Je prie pour vous. Au revoir, peut-être à l'occasion d'une autre manifestation.
Sœur M.



Réponse du secrétaire général de la CGT
Ma sœur, Je suis persuadé que notre jeune camarade, celui qui vous a indiqué le chemin, avait lu dans vos yeux l'humanité pure et joyeuse que nous avons retrouvée dans chacune de ces lignes de votre lettre. Sans nul doute il s'est agi d'un geste inspiré, avec la conviction que cette pointe d'humour "bon enfant" serait vécue comme l'expression d'une complicité éphémère et pourtant profonde. Je vous pardonne volontiers votre interprétation originale du sigle de notre confédération, car nous ne pouvons avoir que de la considération pour un charpentier qui a révolutionné le monde. Avec tous mes sentiments fraternels et chaleureux.
Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT

samedi 1 septembre 2012

Dis Papa, pourquoi tu grimpes ?

_ Toute ressemblance avec une course récente serait purement fortuite _

"Alors, vous êtes finalement rentrés ?" Ainsi s'exprime Raoul, gardien du refuge du Sélé nous voyant arriver à la tombée de la nuit après avoir gravi la voie Livanos à l'aiguille de Sialouze. "Bah oui" répondis-je, "c'est que nous avons pris notre temps. Regarder les fleurs, les chamois et les marmottes, ça prend du temps". Bon j'ai peut-être un peu brodé sur les marmottes mais il n'est pas sensé savoir ! Et puis on en a entendu tout de même alors ça vaut bien… Je sens que l'excuse n'est pas encore assez poussée, faut en rajouter à fond: je lui explique alors qu'on était chacun tellement bien élevés qu'on a passé notre temps à se donner la politesse pour grimper: "vas-y, c'est ton tour", "non après toi j'insiste, la longueur est trop belle pour moi", "je n'en ferai rien, tu la mérites tellement". Et merde, ça y est, c'est too much et ça se voit. Raoul et son collègues sont hilares...

Plus aucune crédibilité. Pourtant ça s'est presque passé comme ça. Et puis ils ont beau jeu de rire, on était six au refuge d'abord ! L'avocat de Raoul dit qu'il ne voit pas le rapport. C'est pourtant simple : comme il n'y a plus grand monde, on applique la veille maxime "rien ne sert de courir, il faut partir à point". Il n'a pas complètement tort. L'aiguille de Sialouze est un sommet de "proximité", seulement deux heures d'approche, et dont la face ne prend pas le soleil avant 11h. Reste qu'en se réveillant à 7h, le topo donnant 5 à 7h d'escalade, il devient compliqué d'espérer être de retour avant 20 h au refuge.

"Oui enfin on a grimpé quand-même. C'est un peu mesquin tes calculs horaires là". Ah ! Oui c'est ça, une nouvelle voie dans l'oreillette de mon blog (pour ceux qui n'ont n'en ont pas encore, c'est normal, c'est un prototype nouveau qui vient de sortir, ça vient des States, soyez pas jaloux), la voix donc de Laura, ma partenaire de cordée sur la course. "Oui ? hum.. ah, ok !". Oui, pour expliquer aux lecteurs, Laura est un peu la princesse Altani du Quatar version montagne, elle parle français mais elle parle pas à toi (faut avoir suivi un peu les guignols pour la choper cette vanne pourrie-là) ! Donc Laura me dit que … "hein quoi ?" Non je n'avouerai jamais ça. Il y a des choses qui doivent rester dans la confidence de la cordée. Pas question. "Si c'est pas moi qui le dit c'est toi ?" Je vois le genre. Du chantage maintenant, c'est pas joli joli tout ça.

Alors. 3-4. "♪ ♫ Lolita nie en bloc…Pierre! non, pas toi. caillou !… aïe hibou, genou, chou" ok c'est bon on arrête tout, elle est complètement con cette chanson. Oui je sors ! Mais je fais comment pour raconter la suite ? Bon je re-rentre. Ok, ok, je vais le dire puisqu'il faut tout balancer. Donc oui Laura s'est trompé à l'attaque de la voie et du coup on est passé à droite des 2 premières longeurs… "Quoi encore ? C'est moi qui a attaqué la voie ?" Bon donc oui : je ME suis trompé (mumfh - n'empêche que c'est toi qui était devant à l'approche - j'l'aipasdit) alors on a perdu quelques minutes-là.

Et puis j'ai régulièrement perdu quelques minutes à regarder le topo. Et encore une bonne dizaine à l'attaque du 5+ expo de la 4ème longueur. Ça, c'était le crux mental de la voie. On part au dessus d'une vire. Il y a des prises mais aucune fissure et aucun piton sur 10 ou 15 mètres. Bref, il faut engager, rester concentré et être bien dans sa tête… Prendre le temps de lire le meilleur passage aussi.
Mais, dans le fond, la météo était belle ce jour-là, l'ambiance tout autant. Alors pourquoi jouer un chronomètre qui n'est dès lors plus qu'un contresens au plaisir d'être en montagne. En cordée à deux, on ne se voit que le temps de se passer le matériel aux relais. Autant dire que la course prend aussi une dimension de voyage intérieur. Les songes grandissent aux relais, pendant l'assurage et les manips. Caressé par la chaleur du soleil, on peut s'y adonner, paisiblement...






- Dis Papa, pourquoi tu grimpes ?
La gamine avait bien grandi ces dernières années. A six ans, elle avait déjà le regard d'une personnalité décidée. Et elle avait posé cette question à son père avec autant de commandement que d'ingénuité, en vissant son regard noisette pétillant de malice dans les yeux de son père. Concernant ce dernier, cela faisait vingt ans qu'il arpentait toutes les parois qui se présentaient à lui sans se poser la question - se l'était-il jamais posé ? Un instant, la réponse de Mallory lui revint en mémoire - "parce qu'elle est là" - parce que la montagne existe. Mais il savait que cette réponse ne conviendrait pas à sa fille. Alors il lui dit ceci :
- Tu vois, la vie c'est une aventure, tu ne sais jamais ce qu'il va se passer dans le futur, même si tu prévois des choses. Et grimper, c'est une grande aventure. Donc pour moi, c'est vivre complètement. Tu prévois une sortie sur une montagne mais tu ne sais pas comment elle va être. Comment tu vas te sentir face à elle, et comment ça va se passer avec ton partenaire de cordée. C'est la boîte de chocolats de Forrest Gump. Je te ferai voir le film un jour :-). Et surtout, comme c'est parfois difficile d'escalader, tu es obligé d'être sincère avec toi et avec ton partenaire. Du coup, tu vis de bons moments qui n'existent pas forcément dans le monde d'en-bas. Là où tu peux te cacher sans dévoiler qui tu es vraiment.
- Comme quoi par exemple ? dit la petite fille.
- Et bien c'est comme cela que j'ai rencontré ta maman par exemple. Et c'est comme ça que tu es née.
- Ah oui c'est bien ça alors.
- N'est-ce pas hein ? C'était une belle journée d'été sur une belle paroi. Tu vois, grimper, c'est tout ça. C'est de bons moments, de belles recentres. Certaines qui durent le temps d'une escalade, d'autres beaucoup plus. Mais toujours avec un plaisir partagé.




Laura arrive de nouveau au relais. Je quitte mes songes pour les manips d'usage. Peut-être était-ce un peu son histoire. Après tout, ses parents sont de bons grimpeurs. Cela était assez plausible. L'histoire ne le dit pas. Je songe encore : peut-être que ce sera un jour mon histoire, il paraît que j'ai encore plein de temps pour que ça m'arrive…
Ce n'est un qu'un songe. Songe d'une journée d'été. Une belle journée d'escalade sur un beau rocher.




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NB : si Raoul venait à lire ce post, je lui transmets une petite dédicace musicale "Raoul mon pitbull" - c'est la moindre des choses pour un gardien si mélomane (qui m'a fait découvrir Girls in Hawaï), un autre songe qui m'a bercé pour m'endormir au refuge



NB2 : les photos de la sortie sont, comme toujours, à l'endroit habituel.

2012, Sialouze

Et voilà ^^  :-p